Hakim Benotmane, la chute du roi du kebab accusé escroquerie

Fondateur de la chaîne Nabab Kebab, Hakim Benotmane est visé par une plainte collective pour escroquerie. 50 investisseurs réclament 400 000 euros.

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Le 13 avril, une cinquantaine de membres de son club d’investissement ont déposé plainte contre lui pour escroquerie, tromperie et abus de confiance. Hakim Benotmane, que les podcasts business présentent comme l’homme qui a revendu sa chaîne de kebabs pour 117 millions d’euros, se retrouve confronté à une question que ses biographies soigneusement entretenues n’avaient jamais eu à affronter : ses chiffres tiennent-ils à l’examen ? Une interdiction de gérer des entreprises en France, des faillites en série, un partenaire financier qui a rompu le contrat : autant de faits que la procédure judiciaire ouverte va désormais devoir examiner.

Cinquante plaignants et 400 000 euros

Le dépôt de plainte du 13 avril vise des faits d’escroquerie, de tromperie et d’abus de confiance. Les plaignants sont une cinquantaine. Le préjudice allégué est estimé à près de 400 000 euros. Tous étaient membres du club « Acquisition », réseau d’investissement privé lancé par Benotmane fin 2024, dont les tickets d’entrée s’échelonnaient de 2 000 à 25 000 euros.

Ce qu’ils dénoncent : des opportunités d’investissement jamais concrétisées, une opacité totale sur l’utilisation des fonds, des promesses qui n’ont laissé aucune trace contractuelle opposable.

Benotmane a répondu publiquement. Il a déclaré faire l’objet d’une campagne de déstabilisation orchestrée par des acteurs hostiles et des concurrents. Pour la justice, la frontière à établir sera précise : distinguer une prestation commerciale simplement décevante de manœuvres frauduleuses pénalement caractérisées. Benotmane bénéficie à ce stade de la présomption d’innocence.

Le club des 100 qui en comptait 900

Le club « Acquisition » était vendu comme un cercle fermé, strictement limité à cent membres. Moins d’un an après son lancement, il en comptait près de neuf cents. La promesse d’exclusivité, centrale dans l’argumentaire commercial, s’était évaporée sans explication publique.

Benotmane avait ajouté une garantie personnelle : il s’engageait à investir lui-même 50 % de sa mise dans chaque dossier présenté aux membres, afin de limiter leur exposition. Les plaignants qualifient cet engagement de mensonge, affirmant qu’il n’aurait jamais été honoré.

Equisafe, société spécialisée dans la tokénisation d’actifs qui avait accepté de jouer le rôle de partenaire financier du club, s’est retirée brutalement. La raison : la découverte de l’interdiction de gérer des entreprises en France prononcée contre Benotmane, une information qu’il ne lui avait pas communiquée. Certaines opportunités d’investissement soumises aux membres auraient par ailleurs été liées à des individus mis en cause dans des affaires de systèmes de Ponzi. Les sociétés personnelles de Benotmane, domiciliées en Angleterre, suscitent également des interrogations sur leur capitalisation réelle et leur activité effective.

Tout le crédit dont Benotmane disposait pour attirer des investisseurs reposait sur un récit. Dans plusieurs podcasts à forte audience, il a affirmé avoir développé 135 restaurants sous l’enseigne Nabab Kebab avant de revendre le groupe en 2014 à des fonds d’investissement étrangers pour environ 117 millions d’euros.

Les archives contredisent ce récit point par point. En février 2014, le réseau Nabab Kebab comptait 33 restaurants ouverts ou en cours d’ouverture, selon les données publiques disponibles à cette date. Une transaction de plus de 100 millions d’euros dans le secteur de la restauration rapide laisse des traces : actes notariés, communiqués de presse, mentions dans des bilans consolidés. Selon plusieurs avocats spécialisés interrogés, aucune trace de cette transaction n’aurait pu être retrouvée. Les filiales censées avoir été cédées auraient figuré dans les comptes de l’entreprise après la date de revente annoncée, selon l’analyse des bilans comptables de l’époque.

NKD Franchise, la société mère du groupe, a été placée en liquidation judiciaire en 2015. Un an après la prétendue revente à neuf chiffres.

Benotmane a également affirmé avoir figuré dans le classement des 500 fortunes professionnelles du magazine Challenges. Les archives du magazine ne confirment pas cette présence.

Des franchisés sans manuel, des salaires sans date

Avant les podcasts et le club d’investissement, il y avait les franchisés. Plusieurs d’entre eux décrivent, selon leurs propres témoignages, un accompagnement « quasiment inexistant » de la part de la tête de réseau. Ils indiquent avoir dû concevoir eux-mêmes leurs menus et rédiger leurs propres manuels opérationnels, documents que toute franchise sérieuse fournit avant l’ouverture.

Un ancien salarié du groupe aurait décrit la logique du modèle comme visant à encaisser les droits d’entrée et les redevances sans assurer la prestation correspondante, selon les témoignages recueillis. Les retards de salaires étaient chroniques dans plusieurs structures du groupe. Des accusations de fraude au chômage partiel ont également été formulées : la mesure aurait servi, selon ces mêmes sources, à rémunérer du personnel sans en supporter le coût réel.
FBH Holding et GBM Invest, deux sociétés liées à Benotmane, ont toutes deux terminé en faillite.

La justice française a condamné Hakim Benotmane en appel à une interdiction de gérer une entreprise en France pendant six ans. Dans le cadre de cette même procédure, le tribunal a mis en lumière le recours à un prête-nom : un individu maîtrisant mal le français, placé formellement à la direction d’une dizaine de sociétés qui ont toutes fini en liquidation judiciaire, et dont la fonction réelle se limitait à signer les documents qu’on lui soumettait.

C’est cette interdiction de gestion qu’Equisafe ignorait au moment de rejoindre le club « Acquisition ». Sa découverte a suffi à précipiter le retrait du partenaire. Benotmane se présente publiquement comme résident entre la Suisse, le Luxembourg et Dubaï, et affectionne les références à sa mobilité internationale. Cette mise à distance géographique n’a pas valeur juridique : l’interdiction prononcée par une juridiction française s’applique indépendamment du lieu de résidence déclaré.

Un modèle sans régulateur

La plainte du 13 avril pose une question que les autorités financières françaises n’ont pas encore eu à trancher clairement : à partir de quel moment un « club d’investissement » animé par un influenceur business relève-t-il du droit financier ?

Le club « Acquisition » ne se présentait pas comme un fonds d’investissement au sens de l’Autorité des marchés financiers. Il n’était pas non plus un produit financier réglementé. Mais des sommes allant jusqu’à 25 000 euros par membre y circulaient, adossées à des promesses de rendement et à une garantie personnelle du fondateur. Les quelque 900 membres recrutés n’étaient pas des investisseurs professionnels : c’étaient, pour la plupart, des abonnés à des contenus entrepreneuriaux en ligne, peu familiers des protections offertes par le cadre réglementaire des placements collectifs.

Ce vide, ni fonds ni produit mais des capitaux privés captés via une audience, est précisément ce que la plainte du 13 avril va contraindre un parquet à examiner. L’affaire Benotmane pourrait fixer un précédent sur la responsabilité pénale des créateurs de contenu qui monétisent leur notoriété en collectant de l’argent privé hors de tout cadre prudentiel.



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