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Des fissures discrètes mais révélatrices apparaissent dans la propagande du Kremlin. Sur les fronts militaire, économique et intérieur, Vladimir Poutine accumule les revers.
La propagande perd son efficacité lorsque la réalité lui devient trop hostile. C’est dans l’un des journaux les plus fidèles au pouvoir russe, la Komsomolskaïa Pravda, fondé en 1925 comme organe des jeunesses communistes soviétiques, que le correspondant de la BBC à Moscou, Steve Rosenberg, a repéré l’un de ces indices révélateurs. Une vignette humoristique présentait en apparence un « nouvel alphabet russe pour une nouvelle réalité ». À y regarder de plus près, les lettres cyrilliques formaient un appel au secours : « Folie, quand tout cela finira-t-il ? »
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Ce glissement dans un titre acquis au Kremlin n’est pas un cas isolé. Rosenberg relève aussi une intensification du dispositif sécuritaire dans les rues de Moscou, un rejet visible de la censure sur Internet, et des articles journalistiques dénonçant ouvertement la « répression » des services de sécurité. Le signe le plus parlant reste le défilé du Jour de la Victoire, cette vitrine annuelle censée célébrer la puissance militaire russe et le souvenir de la défaite de l’Allemagne nazie en 1945. Cette année, pas de chars, pas de missiles balistiques dans les rues de Moscou. L’armée est épuisée en Ukraine. Et la sécurité de Poutine lui-même suscite des inquiétudes croissantes au sein du régime.
Une invasion qui s’est retournée contre son auteur
Tout dirigeant autoritaire doit incarner la force pour se maintenir au pouvoir. Or les événements montrent que Poutine en a perdu le contrôle sur plusieurs fronts à la fois. Si l’invasion de l’Ukraine devait lui offrir une victoire rapide et consolider son autorité, la résistance de Kiev a transformé cette guerre en bourbier dont il ne voit pas la sortie.
Le bilan militaire, après quatre ans de conflit, est sévère. Moscou ne contrôle que 20 % du territoire ukrainien, au prix de centaines de milliers de morts et de blessés dans ses rangs. Pour maintenir ses effectifs, le régime en est réduit à promettre des primes financières importantes et à tromper des hommes sur les conditions de leur engagement. À titre de comparaison, les troupes soviétiques avaient repoussé l’armée allemande de Moscou jusqu’à Berlin en moins de quatre ans, entre 1941 et 1945. Les drones ukrainiens, eux, ont transformé le front en un terrain où toute avancée est devenue presque impossible.
La Russie a perdu ses principaux atouts stratégiques
Au-delà du champ de bataille, Poutine a dilapidé les leviers de pression qui faisaient de lui un acteur redouté sur la scène internationale. L’Europe dépendait massivement du gaz et du pétrole russes : c’était son principal moyen de chantage. Cette dépendance a disparu. Contrainte de chercher d’autres fournisseurs, l’Europe s’est tournée vers les États-Unis, la Norvège et d’autres pays. La menace énergétique ne fonctionne plus.
La Russie a également perdu la maîtrise de la mer Noire, pourtant vitale pour ses exportations et sa projection militaire. Sébastopol, port de sa flotte en Crimée annexée en 2014, n’offre plus aucune garantie de sécurité. Même Novorossiïsk, port commercial situé bien plus loin du front, est désormais à portée de frappe. Depuis janvier, l’Ukraine a attaqué plus d’une quinzaine de raffineries russes, amputant la production pétrolière du pays d’environ 700 000 barils par jour selon Reuters. Avec des drones et des missiles capables de frapper à 2 000 kilomètres de sa frontière, Kiev peut aujourd’hui toucher les régions les plus peuplées de Russie, là où vivent deux Russes sur trois.
Le front intérieur, talon d’Achille du régime
La popularité de Poutine reste officiellement élevée, mais les instituts de sondage du régime eux-mêmes enregistrent une érosion. En Russie, l’idée qu’une victoire ukrainienne est possible, que l’envahisseur peut être contraint à reculer, fait son chemin dans l’opinion.
Poutine dispose encore d’un atout capable de le faire prendre au sérieux à l’étranger : son arsenal nucléaire. Il l’agite régulièrement pour dissuader les Occidentaux d’aller trop loin dans leur soutien à l’Ukraine. Mais cette menace ne produit aucun effet sur les Russes eux-mêmes. Elle ne peut pas faire taire la grogne d’une population qui supporte le poids économique et humain d’une guerre sans fin, ni rassurer des élites qui commencent, discrètement, à s’interroger sur l’issue du conflit. C’est précisément là que réside la fragilité du système Poutine : non pas seulement dans les tranchées ukrainiennes, mais au cœur même du pouvoir moscovite.


