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- 80 drones neutralisés en quelques secondes
- 12 centimes contre quatre millions de dollars
- De Manorbier à Pershore : trois ans d’essais
- 40 millions de livres et 135 ingénieurs
- Ce que l’arme ne peut pas faire
- DragonFire en mer, le « Rapid Destroyer » à terre
- Paris mise sur le laser, Washington sur les missiles balistiques
En avril dernier, sur un terrain d’essais du Gloucestershire, quatre antennes plates ont mis hors d’état de nuire 80 drones en quelques secondes, sans tirer un seul projectile. L’arme électromagnétique de Thales UK coûte une douzaine de centimes par neutralisation, là où un missile intercepteur se chiffre en millions. Les armées occidentales cherchent depuis plusieurs années une réponse aux essaims de drones bon marché que leurs arsenaux classiques peinent à absorber sans s’épuiser financièrement.
80 drones neutralisés en quelques secondes
Sur le site de Pershore, dans le Gloucestershire, les équipes de Thales UK et de Teledyne e2v ont déployé en avril 2026 un effecteur composé de quatre antennes plates disposées en réseau. Leur mission : neutraliser un essaim de drones lors d’une série d’essais conduite dans le cadre du programme britannique Project Ealing. Résultat : 80 appareils détruits, quasi simultanément. « Ces tests approfondis ont démontré la neutralisation quasi instantanée et systématique de chaque drone », a indiqué Thales dans un communiqué publié le 2 juin 2026.
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Les quatre panneaux fonctionnent en réseau : la puissance se concentre sur la cible, le faisceau se resserre, l’énergie délivrée augmente, la portée effective s’allonge. Sur l’ensemble des séries d’essais menées depuis décembre 2024, plus de 100 drones ont été pris pour cibles, suivis et détruits.
Jusqu’ici, les armées disposaient principalement de deux types de systèmes anti-drones. Les missiles les détruisent physiquement, à un coût prohibitif face à des cibles bon marché. Les brouilleurs coupent le signal GPS ou la liaison radio entre le drone et son opérateur : l’appareil dérive, perd sa trajectoire, parfois se pose, mais il peut être récupéré et relancé.
Le « Rapid Destroyer » emprunte une troisième voie. Il émet un faisceau d’ondes radio à haute intensité qui s’infiltre dans les composants électroniques des appareils visés et les grille à distance, les rendant irréparables sur le terrain. L’appareil ne se désoriente pas : il tombe, hors d’usage.
Dans son format actuel, le système est transporté à l’arrière d’un camion plateau et consomme une grande quantité d’énergie. Un seul opérateur le pilote, assisté par intelligence artificielle. Il est conçu pour s’intégrer dans des architectures de défense aérienne existantes, notamment la solution Thales ForceShield, aux côtés de missiles de type LMM (Lightweight Multi-role Missile).
12 centimes contre quatre millions de dollars
Le coût par neutralisation est de dix pence, environ douze centimes d’euro, selon Thales. Un missile intercepteur Patriot coûte environ 4 millions de dollars. Un drone Shahed russe, petit appareil à aile delta fabriqué en série et utilisé massivement par Moscou depuis 2022, quelques dizaines de milliers d’euros au plus.
En avril 2026, les forces aériennes ukrainiennes ont publié un bilan sans précédent : la Russie avait lancé 6 583 drones longue portée sur le pays en un seul mois, un record absolu. L’Ukraine en a intercepté 88 %, mais les communiqués officiels ne précisent pas le coût unitaire de ces interceptions. Moscou produit des Shahed à la chaîne pour saturer les défenses adverses ; Kyiv et ses soutiens répondent avec des systèmes conçus pour des menaces d’une autre époque, d’un autre prix. En faisant chuter le coût de l’interception, Londres cherche à briser cette logique d’épuisement et à renforcer le bouclier collectif de l’OTAN, selon les termes du ministère de la Défense britannique.
De Manorbier à Pershore : trois ans d’essais
En décembre 2024, les premières séquences à froid ont été conduites sans cible réelle, pour vérifier le comportement du système en conditions climatiques difficiles. En avril 2025, le « Rapid Destroyer » a participé à l’exercice contre-drones le plus ambitieux jamais organisé par l’armée britannique, sur le champ de tir de Manorbier, au Pays de Galles : deux essaims ont été engagés simultanément et neutralisés.
L’effecteur à quatre panneaux n’existait pas lors des essais gallois. Il a été développé dans l’intervalle par Teledyne e2v, filiale britannique spécialisée dans les composants micro-ondes. Pershore en constitue le premier déploiement en conditions d’essai réelles.
40 millions de livres et 135 ingénieurs
Le « Rapid Destroyer » est le produit d’un programme structuré, Project Ealing, piloté conjointement par la Dstl, le laboratoire de sciences et technologies de défense du gouvernement britannique, et DE&S, la direction des équipements et du soutien du ministère de la Défense. L’industrie est regroupée sous la bannière Team Hersa, consortium réunissant Thales UK, QinetiQ, Teledyne e2v et Horiba Mira.
Le gouvernement britannique a investi à ce jour plus de 40 millions de livres en recherche et développement sur les armes à énergie dirigée par radiofréquence. Le programme emploie 135 personnes qualifiées : une centaine d’ingénieurs chez Thales en Irlande du Nord et 35 postes dans la chaîne d’approvisionnement à Chelmsford, dans l’Essex. Les forces armées britanniques doivent déployer le système à l’échelle d’une brigade, une unité de plusieurs milliers de soldats, dans les prochaines années. Aucune date officielle de mise en service n’a été communiquée.
Ce que l’arme ne peut pas faire
La portée du système plafonne autour d’un kilomètre, ce qui exclut les cibles évoluant en haute altitude. Certains drones échappent au faisceau : ceux guidés par fibre optique transmettent leurs ordres via un câble physique, sans émettre ni recevoir d’ondes radio, le faisceau n’a donc aucune prise sur eux. D’autres embarquent des blindages électroniques ou des protections anti-brouillage conçues pour résister à ce type d’agression.
Le caractère non sélectif du faisceau pose un problème distinct : dans un espace aérien mixte, où des appareils civils ou amis évoluent aux côtés des cibles ennemies, le système ne fait pas la différence. Justin Bronk, chercheur au Royal United Services Institute (RUSI) de Londres, a déclaré au Financial Times que les systèmes à micro-ondes haute puissance constituent « potentiellement un outil très efficace pour la défense contre un grand nombre de drones » dans les « circonstances où leur large cône d’effet ne crée pas plus de problèmes qu’il n’en résout ». Défendre un aéroport civil actif ou une zone urbaine dense ne figure pas parmi ces circonstances.
DragonFire en mer, le « Rapid Destroyer » à terre
En novembre 2025, le ministère de la Défense britannique a attribué à MBDA UK un contrat de 316 millions de livres sterling pour livrer un second système d’arme à énergie dirigée à la Royal Navy : le laser DragonFire. Le premier exemplaire doit être installé sur un destroyer de Type 45 d’ici 2027, dans le cadre d’un investissement global d’un milliard de livres consacré aux armes à énergie dirigée, voté par le Parlement britannique. DragonFire affiche un coût par tir de l’ordre de dix livres sterling et soutient 590 emplois au Royaume-Uni.
Les deux programmes répondent à des besoins distincts : le « Rapid Destroyer » agit à terre contre des essaims denses, DragonFire cible en mer des appareils isolés avec précision.
Paris mise sur le laser, Washington sur les missiles balistiques
La France a commandé Syderal, Système Laser de Défense de Nouvelle Génération, le 22 août 2025. La Direction générale de l’armement a confié ce démonstrateur à un consortium formé de MBDA, Safran Electronics and Defense, Thales et Cilas, avec un objectif de puissance proche de 50 kilowatts. Le système combine faisceaux laser, suivi vidéo automatique haute précision et optique adaptative. Attendu vers 2030, Syderal doit neutraliser drones, roquettes et obus de mortier. En 2024, la DGA avait notifié une première tranche de 10 millions d’euros à Lumibird et Cilas pour développer les sources laser.
Paris dispose déjà d’une première capacité opérationnelle avec le HELMA-P, système laser de faible puissance développé par Cilas et ArianeGroup, 2 kilowatts, portée d’environ un kilomètre. Les trois armées françaises ont chacune reçu trois appareils courant 2026, après réception par la DGA.
Aux États-Unis, l’US Navy conduit le Projet Meteor, son premier système à micro-ondes haute puissance embarqué sur un navire de guerre. Les tests en mer sont programmés en 2026, selon les documents budgétaires FY25 de la Marine américaine. La cible n’est pas seulement le drone : Meteor est conçu pour intercepter des missiles balistiques anti-navires à grande vitesse, en combinant brouillage et destruction électronique, une ambition que le « Rapid Destroyer », limité à moins d’un kilomètre de portée, ne revendique pas.


