Gérard Miller : l’instruction judiciaire en cours, sans date de procès

Mis en examen en octobre 2025 pour viols sur mineures, Gérard Miller reste libre. L'instruction judiciaire suit son cours sans date de procès fixée.

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L’instruction judiciaire ouverte contre Gérard Miller suit son cours, sans qu’aucune date de renvoi en jugement n’ait été fixée. Le psychanalyste et chroniqueur, mis en examen à l’automne 2025, reste libre sous contrôle judiciaire pour des faits qui s’étendent sur deux décennies. L’affaire Patrick Bruel, éclatée cette semaine, rappelle que ces dossiers avancent à des rythmes très différents. Point d’étape sur une procédure dont l’issue reste suspendue.

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Six chefs d’accusation, quatre mineures

Le 30 septembre 2025, des officiers de la Brigade de protection des mineurs se présentent au domicile de Gérard Miller. Pendant quarante-huit heures, le psychanalyste et chroniqueur répond aux enquêteurs sans avocat, il a refusé d’être assisté. Le 2 octobre, le parquet de Paris prononce sa mise en examen.

Six chefs d’accusation sont retenus. Deux concernent des femmes majeures : un viol en 2019 et une agression sexuelle en 2020. Les quatre autres visent des victimes présumées mineures : trois viols sur mineures de plus de 15 ans, commis en 2000, 2001 et 2004, et une agression sexuelle sur une mineure de 14 ans en 2001. Les victimes étaient âgées de 14 à 25 ans au moment des faits allégués.

Un septième fait figure au dossier sous un statut différent. Pour un viol présumé sur mineure de plus de 15 ans survenu en 2000, Miller est placé sous le statut de témoin assisté, une position intermédiaire entre le simple témoin et la mise en examen, qui lui confère des droits dans la procédure sans l’exposer aux mêmes conséquences pénales. Gérard Miller conteste l’intégralité des faits. Il est présumé innocent.

Instruction en cours, renvoi incertain

En juin 2026, aucun renvoi en jugement n’a été décidé. L’instruction est conduite par des juges d’instruction, magistrats indépendants du parquet, dont le rôle est de rassembler les preuves, d’entendre toutes les parties et de décider si les charges sont suffisantes pour aller au procès. Cette phase comprend des auditions complémentaires, des confrontations possibles entre le mis en examen et les plaignantes, ainsi que des expertises psychologiques et psychiatriques. Sa durée reste indéterminée.

À l’issue de leurs investigations, ces juges trancheront entre trois issues : un renvoi devant une cour d’assises pour les viols, qualifiés de crimes ; un renvoi devant un tribunal correctionnel pour les agressions sexuelles, qualifiées de délits ; ou un non-lieu si les charges s’avèrent insuffisantes.

Depuis mars 2026, Miller n’apparaît plus sur les plateaux de LCI et n’est plus actif sur les réseaux sociaux. Le contrôle judiciaire, mesure qui permet à un mis en examen de rester libre mais sous conditions strictes fixées par un juge, lui interdit d’exercer la psychanalyse ou toute activité impliquant un contact habituel avec des mineurs, d’être chroniqueur à la télévision en public, d’entrer en contact avec les victimes et les personnes citées dans la procédure, et de quitter le territoire national. Il est également tenu de verser une caution de 65 000 euros et de suivre des soins.

Venise, moins d’un mois après la mise en examen

En décembre 2025, Elle révèle une entorse à ce dispositif. Le juge d’instruction avait accordé à Miller une levée temporaire et partielle de son contrôle judiciaire, c’est-à-dire la suspension provisoire de certaines de ses restrictions, pour lui permettre de passer des vacances en famille à Venise, du 27 au 31 octobre 2025, soit vingt-cinq jours après sa mise en examen.

L’autorisation avait été accordée malgré l’avis défavorable du parquet, qui s’y opposait notamment parce que le premier versement de la caution n’avait pas encore été intégralement honoré. Le juge avait justifié sa décision par la présomption d’innocence, l’absence de risque de fuite et les garanties de représentation offertes par le mis en examen.

Me Marine Allali, avocate d’une partie des plaignantes au cabinet Seban Avocats, a déclaré : « Il y a des gens sous contrôle judiciaire à qui l’on refuse d’aller enterrer leur grand-mère à l’étranger. Un tel aménagement, en trois jours, à but de loisir, ça n’arrive jamais. »

Du magazine Elle à la garde à vue

Le 31 janvier 2024, Elle publie une enquête signée Alice Augustin et Cécile Ollivier. Plusieurs femmes y accusent Miller, alors âgé de 75 ans, de viols et d’agressions sexuelles lors de séances d’hypnose dans son hôtel particulier parisien. En quelques jours, des dizaines d’autres femmes se manifestent. Au 8 février, le magazine comptabilise 41 témoignages, dont trois accusations de viol et quinze d’agressions sexuelles. Le décompte dépasse ensuite 67, puis 80 femmes.

Témoigner auprès d’un média et déposer une plainte formelle sont deux actes distincts, aux conséquences juridiques sans commune mesure. Sur l’ensemble des témoignages publiés, dix plaintes ont finalement été déposées auprès de la justice.

La première est reçue par le parquet de Paris le 6 février 2024, pour des faits remontant à 1995. Le 23 février, une enquête préliminaire est confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes de la police judiciaire parisienne. Les enquêteurs étendent progressivement la période examinée jusqu’à des faits allégués en 2020 ; les plus anciens sont écartés, le délai légal pour poursuivre, la prescription, étant dépassé. En septembre 2025, le dossier est transmis à la Brigade de protection des mineurs pour conduire la garde à vue. Ce transfert reflète l’orientation centrale du dossier : quatre des six chefs d’accusation retenus visent des victimes mineures au moment des faits allégués.

Dix-neuf mois séparent la publication de l’article du magazine et l’interpellation.

L’hôtel particulier, les plateaux, l’université

Les témoignages recueillis par Elle puis par les enquêtrices de la BRDP décrivent un schéma répété sur deux décennies. Des jeunes femmes de 14 à 25 ans, souvent issues de milieux modestes, étaient approchées dans deux contextes précis : en marge d’émissions de télévision auxquelles participait Miller, ou au sein de l’université Paris-VIII, où il dirigeait le Master Psychanalyse et la Section Clinique.

Elles étaient ensuite invitées dans son hôtel particulier parisien pour des séances présentées comme des expériences d’hypnose. Dans un communiqué publié dès les premières révélations de janvier 2024, Miller affirmait n’avoir pratiqué que des « tests élémentaires » et assurait que « celui ou celle qui acceptait de s’y livrer n’était absolument pas hypnotisé, il restait parfaitement conscient ». Il contestait avoir eu recours à l’hypnose dans un cadre privé à des fins thérapeutiques.

Me Marie-Paule Pioli, avocate d’une plaignante distincte de celles représentées par Me Allali, a indiqué que le contrôle judiciaire « prend en considération le modus operandi de M. Miller en lui interdisant l’accès à son terrain de chasse, les plateaux de télévision ».

Aude, l’une des plaignantes, a porté plainte pour des faits survenus en 2001, alors qu’elle avait 17 ans. En avril 2025, elle a déclaré : « C’est comme un vase brisé, j’ai des gros morceaux, il me manque encore des petits bouts. »

Les alertes sans suite

À Paris-VIII, une ancienne collègue de Miller avait transmis à la direction de l’université un signalement sur son comportement envers des étudiantes, à l’époque où il y enseignait. Aucune suite n’avait été donnée. En mars 2024, Elle avait confirmé l’existence de cette alerte.

Miller cumulait les positions : universitaire à Paris-VIII, clinicien, chroniqueur régulier à la télévision, figure de la gauche intellectuelle proche de La France insoumise. Chacun de ces milieux pouvait supposer qu’un autre avait traité le problème, ou choisir de ne pas être celui qui brise une réputation établie. Des alertes avaient donc bien circulé. Ce qui a manqué, c’est la réponse.

En octobre 2024, la journaliste Chloé Vienne publie Serial Miller aux éditions Stock. Elle y reconstitue les témoignages et examine les silences des milieux médiatiques, politiques, psychanalytiques et universitaires qui ont côtoyé Miller pendant des décennies. En avril 2025, Alice Augustin et Cécile Ollivier, les deux journalistes de l’enquête initiale, publient Anatomie d’une prédation chez Robert Laffont, avec les témoignages de plus de quatre-vingts femmes.

Les deux ouvrages posent la même question : comment des violences alléguées sur autant de victimes, sur une période aussi longue, n’ont-elles jamais remonté à la surface avant janvier 2024 ?

De DSK à Bruel : quinze ans de procédures

Le 14 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn est arrêté à New York, accusé de tentative de viol par Nafissatou Diallo, femme de chambre du Sofitel de Manhattan. Les charges pénales américaines sont abandonnées en août 2011 à la suite de doutes soulevés sur la crédibilité de la plaignante. Un accord financier confidentiel, évalué à environ 1,5 million de dollars, est conclu en décembre 2012. Le 12 juin 2015, le tribunal correctionnel de Lille le relaxe dans l’affaire du Carlton, où il était poursuivi pour proxénétisme aggravé. Strauss-Kahn n’a jamais été condamné pénalement.

Le 25 novembre 2021, un reportage d’Envoyé Spécial met en cause Nicolas Hulot. Plusieurs femmes l’accusent de viols et d’agressions sexuelles sur une période couvrant les années 1989 à 2001, dont une victime qui avait 16 ans au moment des faits allégués. Hulot annonce quitter « définitivement la vie publique ». Le parquet de Paris classe l’enquête préliminaire sans suite le 12 septembre 2022 : les faits étaient prescrits, c’est-à-dire que le délai légal pour engager des poursuites était dépassé au moment du dépôt de plainte.

Le 9 juin 2026, Le Monde révèle que le parquet de Nanterre requiert la mise en examen de Patrick Bruel et son placement en détention provisoire. Placé en garde à vue le même jour, le chanteur et comédien est mis en cause par treize femmes pour des violences sexuelles alléguées entre 1991 et 2019. Trois nouvelles plaintes pour viols et tentative de viol sont déposées pendant la garde à vue, et les autorités judiciaires belges transmettent une dénonciation officielle pour des faits allégués à Bruxelles en 2010. Le 10 juin, Bruel est mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel.

Ces procédures s’accumulent dans un contexte chiffré. Dans son bilan annuel publié le 29 janvier 2026, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure indique que 122 600 victimes de violences sexuelles ont été recensées par les forces de l’ordre en 2024, soit une hausse de 7 % par rapport à 2023. Le SSMSI précise lui-même que ce chiffre sous-estime la réalité : les violences sexuelles figurent parmi les infractions les moins souvent déclarées.

La mise en examen signifie que les juges d’instruction ont estimé disposer d’indices sérieux et convergents, suffisants pour ouvrir une instruction, pas pour condamner. Gérard Miller reste présumé innocent.



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