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En trente-six ans de mandats publics ininterrompus, Jean-Luc Mélenchon a perçu des revenus parmi les plus élevés que la République verse à ses élus. Son patrimoine de 1,37 million d’euros, déclaré en 2022, a été construit intégralement avec des fonds publics, dans les institutions qu’il promet depuis vingt ans de réformer.
Le 28 septembre 1986, Jean-Luc Mélenchon entre au Sénat comme sénateur socialiste de l’Essonne. Il y restera, avec une interruption de quatre ans pour cause de fonctions ministérielles, jusqu’en janvier 2010, soit dix-neuf ans cumulés dans la chambre haute.
À chacune de ces années correspond un package mensuel que peu de Français atteignent. L’indemnité parlementaire nette avoisine 5 500 euros par mois, en valeur actualisée. À cela s’ajoute l’Indemnité Représentative de Frais de Mandat : 6 109,89 euros nets mensuels supplémentaires, versés sans la moindre obligation de justificatif ni contrôle d’aucune sorte. Cumulés, les deux postes dépassent 11 600 euros mensuels, hors avantages en nature.
« J’épargne beaucoup »
En 2009, Mélenchon quitte le Sénat pour le Parlement européen. Il y siègera huit ans, jusqu’en juin 2017. Son salaire brut mensuel s’établit à 8 611 euros, soit environ 6 200 euros nets. Les indemnités diverses, frais généraux, présence et déplacements, ajoutent quelque 4 300 euros par mois. Le total disponible dépasse les 10 000 euros mensuels.
En 2017, interrogé sur ses revenus, il ne cherche pas à minimiser. « J’épargne beaucoup parce que je suis très bien payé au Parlement européen », a-t-il déclaré. Sa déclaration de patrimoine déposée la même année fait apparaître 98 000 euros d’épargne.
La séquence suivante est plus délicate. Élu député des Bouches-du-Rhône en juin 2017, il comparaît sur le plateau de TF1 en mars 2022 et déclare gagner « 4 000 euros par mois ». L’AFP a vérifié. Le chiffre est techniquement exact : il s’agit du net après prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. L’indemnité nette avant impôt s’établissait en réalité à 5 679,71 euros. L’écart entre les deux chiffres atteignait 1 679 euros par mois.
À partir de 2018, l’IRFM est remplacée par l’Avance de Frais de Mandat, soit 5 645 euros bruts mensuels, désormais soumis à justificatifs et contrôle de la déontologue de l’Assemblée. Mélenchon avait bénéficié de l’ancien système, sans justificatif, pendant dix-neuf ans au Sénat. S’ajoutent au mandat de député : carte SNCF première classe, pass Navigo, accès à des voitures avec chauffeur, dotation matérielle de 18 950 euros par an.
Depuis les législatives de juin 2022, il n’exerce plus aucun mandat électif.
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Quatorze livres, des droits jamais publiés
Mélenchon cite lui-même les droits d’auteur parmi ses sources de revenus, aux côtés de son salaire parlementaire et d’un héritage familial. Il a publié plus de quatorze ouvrages.
L’Avenir en commun, programme de La France insoumise pour la présidentielle de 2017, s’est vendu à 250 000 exemplaires. Qu’ils s’en aillent tous !, paru en 2010 chez Flammarion, avait atteint 50 000 ventes en trois mois. À un taux de droits compris entre 5 et 14 % du prix public, fourchette habituelle dans l’édition française, les 250 000 exemplaires du premier titre représenteraient entre 37 500 et 105 000 euros de droits, hors avance à la signature.
Les montants exacts des avances perçues et des droits versés n’ont jamais été rendus publics. Mélenchon ne les a pas déclarés dans ses documents HATVP, où seul son revenu parlementaire figure.
1,37 million d’euros en 2022
La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique publie les patrimoines des candidats à la présidentielle. En 2017, celui de Mélenchon s’établit à 965 000 euros nets : un appartement de 110 m² dans le 10e arrondissement de Paris estimé à 837 000 euros, une maison dans le Loiret évaluée à 190 000 euros, 98 000 euros d’épargne.
Cinq ans plus tard, le même exercice donne 1,37 million d’euros en actif brut. L’appartement parisien, acquis le 24 avril 2014 pour 800 000 euros auxquels s’ajoutent 37 000 euros de travaux, est réévalué à 1,2 million d’euros. La maison du Loiret descend à 170 000 euros. L’épargne s’établit à 95 236 euros. Au passif figure un prêt résiduel de 99 145 euros.
Le patrimoine immobilier brut dépasse 1,3 million d’euros, seuil théorique d’assujettissement à l’Impôt sur la Fortune Immobilière, sous réserve de la déduction du prêt restant. Sa déclaration d’intérêts 2022 ne mentionne qu’une seule source de revenus : l’indemnité de député, soit 71 200 euros annuels nets. Aucune rémunération du parti, aucune prise de participation.
En 2023, sur BFMTV, Mélenchon a déclaré : « Je suis conscient d’être riche. »
La retraite : un chiffre que personne ne connaît
Jean-Luc Mélenchon cotise à trois régimes distincts : la caisse autonome du Sénat, le régime du Parlement européen, et le régime de droit commun de la fonction publique pour ses cinq années à l’Assemblée nationale, dont la quasi-totalité à partir de janvier 2018, date de suppression de l’ancien régime autonome des députés. La loi autorise ce cumul sans plafond. Aucune des trois caisses ne publie les montants individuels versés.
La caisse du Sénat, créée en 1905, est l’une des plus généreuses de France. La pension moyenne des anciens sénateurs oscille, selon les sources, entre 3 391 euros nets par mois, chiffre issu des données 2023, et 3 856 euros nets, donnée officielle du Sénat reprise dans de nombreux médias jusqu’en 2024. La réforme de septembre 2023 a réduit les pensions des sénateurs élus à partir de cette date. Elle ne s’applique pas à Mélenchon, qui a quitté le Sénat en 2010.
Pour ses huit années au Parlement européen, le taux de pension est de 3,5 % par année de mandat. Sur la base du salaire de référence 2025, soit 10 377,43 euros bruts mensuels, la pension européenne serait d’environ 2 906 euros bruts par mois. Les cinq années à l’Assemblée nationale généreraient entre 661 et 1 557 euros mensuels selon le niveau de surcotisation.
En cumulant les trois régimes, des spécialistes de la retraite parlementaire estiment la pension totale de Mélenchon entre 6 000 et 7 000 euros nets par mois. La retraite moyenne nette en France s’établissait à 1 541 euros fin 2023, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. La fourchette basse de l’estimation représente 3,9 fois cette moyenne.
Le chiffre de 8 500 euros mensuels, régulièrement cité sur les réseaux sociaux, ne repose sur aucune source officielle vérifiable. Plusieurs médias spécialisés l’ont qualifié de spéculation. Mélenchon n’a jamais confirmé ni infirmé le montant exact de sa pension.
Le programme et les chiffres
Lors de la campagne présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon proposait de porter la retraite minimum à 1 400 euros nets par mois, au niveau du SMIC de l’époque. Sa propre pension est estimée à 4,3 à 5 fois ce plancher.
Une proposition de loi visant à interdire le cumul de pensions issues de plusieurs mandats parlementaires a été déposée en 2015. Elle n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour. LFI ne l’a pas relancée.
Les chiffres et estimations figurant dans cet article sont établis à partir de sources publiques : barèmes officiels publiés par le Sénat, le Parlement européen et l'Assemblée nationale, déclarations de patrimoine déposées auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, déclarations publiques de Jean-Luc Mélenchon, vérifications publiées par l'AFP, et informations parues dans la presse française. Lorsque des montants n'ont pas été rendus publics par l'intéressé, notamment s'agissant de ses pensions de retraite et de ses droits d'auteur, les chiffres cités constituent des estimations et sont présentés comme tels.


