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Soixante-dix jours après son élection, le nouveau maire de Carpentras a tenu son premier vote sur les subventions aux associations. Plusieurs d’entre elles disparaissent du budget municipal. Ce que ces associations ont en commun dit plus long que les chiffres.
Chaque année, les communes votent la liste des associations qu’elles choisissent de soutenir financièrement et le montant alloué à chacune. C’est le maire qui propose cette liste, le conseil municipal qui l’adopte. Ce vendredi 5 juin 2026, Carpentras tenait ce vote pour la première fois depuis l’installation d’Hervé de Lépinau le 27 mars. L’opposition, qui occupe neuf des 39 sièges du conseil, a réagi vivement sur plusieurs points de l’ordre du jour.
Cinq associations voient leur subvention supprimée ou réduite : le Planning familial perd 3 000 euros, l’association Carpentras fait son cinéma 56 000 euros, le club BMX Carpentras 35 000 euros, l’agence sociale Soligone AIVS 3 500 euros, la radio associative Territoire Ventoux FM 1 700 euros. Lépinau a défendu ces choix un par un, sans invoquer de contrainte budgétaire.
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Le profil du nouveau patron de la ville
Hervé de Lépinau a 56 ans, six enfants, et exerce au barreau de Carpentras depuis 1995 comme associé du cabinet Alegria Avocats. Il a également enseigné à l’Université d’Avignon. Conseiller départemental du canton de Carpentras, il est élu député RN de la 3e circonscription du Vaucluse en juin 2022.
À l’Assemblée nationale, ses prises de position sur les questions de société sont nettes : il siège comme rapporteur sur le dossier de l’interdiction de l’écriture inclusive et vote contre l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution. Ces votes éclairent directement les décisions qu’il prend le 5 juin. Le 22 mars 2026, il remporte le second tour des municipales avec 50,78% des suffrages, soit 6 019 voix, loin devant les deux listes de gauche conduites par Francis Adolphe (24,70%) et Serge Andrieu (24,52%). Sa liste obtient 30 des 39 sièges du conseil municipal. Il devient le premier maire RN à mettre fin à dix-huit ans de gestion de gauche à Carpentras. En vertu de la loi qui interdit de cumuler un mandat de parlementaire et une fonction de maire, son élection lui fait automatiquement perdre son siège de député.
Le Planning familial, punition assumée
Le Planning familial est une association présente dans toute la France à travers 74 antennes départementales. Elle informe sur la contraception, accompagne les personnes souhaitant recourir à l’IVG et soutient les victimes de violences sexuelles et conjugales. L’antenne la plus proche de Carpentras est basée à Avignon.
Les 3 000 euros que la ville lui versait en 2025 ne seront pas reconduits. Hervé de Lépinau a fourni l’explication lui-même : « Élections après élections, ils ne cessent de taper sur le RN. Le Planning familial se mobilise ouvertement contre le Rassemblement national. »
Il ajoute un second motif : une campagne d’affichage diffusée à Paris en août 2022, dans laquelle le Planning familial montrait un homme transgenre enceint avec le slogan « Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints ». Cette campagne avait déjà été ciblée à l’époque par la vice-présidente RN de l’Assemblée nationale Hélène Laporte et par l’eurodéputé Thierry Mariani, qui réclamaient la suspension des subventions à l’association. Lépinau a déclaré que les adolescents vivent « un temps où on a des difficultés à gérer son identité, y compris sexuelle » et que l’association « n’est pas là pour leur pourrir davantage le cerveau ». Sur l’impact financier pour l’association, il a indiqué : « Le Planning familial ne va pas non plus s’effondrer. »
Pour les habitants de Carpentras sans véhicule ou aux ressources limitées, la suppression de cette subvention locale supprime un point d’appui de proximité que l’antenne avignonnaise ne remplace pas à distance équivalente.
Un réseau sous pression depuis deux ans
Les difficultés du Planning familial ne se limitent pas à Carpentras, et elles ne viennent pas uniquement du Rassemblement national. Dans la Drôme, le conseil départemental a fermé sept centres de santé sexuelle sur douze et réduit les subventions de 20%. La présidente nationale de l’association, Sarah Durocher, a alors dénoncé « une attaque contre le droit à l’avortement ».
Dans le Loiret, une baisse de 10% de la subvention départementale a représenté une perte de 47 000 euros et menacé plusieurs postes salariés. En Pays de la Loire, la présidente de région Christelle Morançais, du parti Horizons, a supprimé la totalité des financements régionaux, soit 66 000 euros, en estimant que l’activité de l’association était incompatible avec sa vision des politiques publiques. En juillet 2025, une question écrite déposée au Sénat alertait sur la « situation alarmante du réseau du planning familial ». En juin 2025, une tribune publiée dans Le Monde, soutenue par la Ligue des droits de l’homme et de nombreuses organisations, estimait que ces coupes « ne relèvent pas seulement d’un rigorisme comptable, mais de politiques conservatrices visant à démanteler des services essentiels ».
En avril 2026, le Planning familial a lancé une campagne intitulée « Planning familial en danger » : 500 000 personnes bénéficient chaque année de ses services.
Culture, logement, sport : le reste de la liste
La coupe la plus lourde en valeur absolue concerne Carpentras fait son cinéma : 56 000 euros supprimés. La 7e édition du festival, prévue du 28 avril au 2 mai 2026, n’a pas eu lieu. Dans un communiqué publié en avril, l’équipe a évoqué « des contraintes logistiques d’organisation liées à l’arrivée d’une nouvelle équipe municipale ». Depuis six éditions, le festival organisait un concours de courts métrages en centre-ville.
Soligone AIVS perd 3 500 euros. Créée en 2003 et active dans son rôle d’agence immobilière à vocation sociale depuis 2014, l’association, labellisée par la Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le logement, place des ménages à faibles ressources chez des propriétaires privés : bénéficiaires du RSA, de l’allocation adulte handicapé ou de petites retraites, avec un accompagnement social du locataire inclus.
La radio associative Territoire Ventoux FM perd 1 700 euros dans un contexte tendu. Le 8 mai 2026, lors des commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la chanson pétainiste « Maréchal nous voilà » avait été diffusée dans les rues de Carpentras depuis les haut-parleurs de la ville, alimentés par la radio. L’association et la mairie ont toutes deux invoqué une erreur d’un programmateur ayant téléchargé une playlist sans identifier le morceau. Le sénateur communiste Yann Brossat et le maire du Havre Édouard Philippe ont mis en cause la mairie publiquement. Hervé de Lépinau a démenti toute responsabilité et a annoncé envisager de porter plainte pour malveillance. La suppression de la subvention intervient dans ce contexte, sans que la mairie ait établi de lien officiel entre les deux faits.
BMX Carpentras perd 35 000 euros sans qu’aucun motif officiel n’ait été communiqué. Le club participait encore au Challenge France en juin 2026 et avait organisé le Championnat Régional SUD le 24 mai. Dans les villes du Sud dirigées par le RN, les clubs sportifs sont habituellement les derniers à voir leurs financements touchés.
Le même scénario dans dix villes du Sud
Le 12 février 2026, le journal régional La Marseillaise, le média local Le Poing et le collectif journalistique Presse-Papiers ont publié une enquête portant sur dix communes du sud de la France dirigées par l’extrême droite. Dans neuf d’entre elles, les subventions aux associations culturelles et sociales ont baissé : à Orange, la chute atteint 99% ; à Béziers, 62% ; à Fréjus, 27%. Tous les centres sociaux ont fermé à Orange, à Fréjus et à Beaucaire. À Marignane, 90% de l’enveloppe associative va au sport.
À Fréjus, le Planning familial a perdu sa subvention. À Morières-lès-Avignon, une compagnie de théâtre pour enfants a perdu son local et ses financements après avoir relayé un communiqué de son syndicat mettant en garde contre les dangers de l’extrême droite.
À Carpentras, l’association Art et Vie, qui initiait les jeunes aux arts plastiques, a annoncé sa dissolution le 26 mai 2026, dix jours avant le conseil municipal du 5 juin. Ses responsables, Dominique Eon et Magalie Marquez-Maisonnave, ont expliqué que « le montant des subventions n’a cessé de diminuer depuis plusieurs années » et que l’association ne pouvait plus « éviter l’endettement ». La dissolution effective est prévue au 30 juin 2026.
Pour le politiste Julien Talpin, cité dans l’enquête de La Marseillaise, « le RN investit ces stratégies pour s’ancrer localement » en redirigeant les financements vers des réseaux associatifs proches ou neutres. L’économiste Lionel Prouteau, spécialiste du monde associatif, rappelle le cadre juridique dans lequel ces décisions s’inscrivent : « La subvention a toujours un caractère discrétionnaire. La collectivité n’est jamais obligée de l’accorder et peut arbitrairement décider de la supprimer. »


